Chasse aux canards de mer avec François Lapointe:

Quand respect des espèces et chasse triomphante s’allient

 

Vendredi 30 sept. : aller dans le même sens que la nature du bas du Fleuve

 

La journée a débuté par un texto : « demain y’annonce zéro vent et la marée est bonne ». Quand Franck m’a écrit ça, j’ai rapidement compris la tournure de notre fin de semaine. Il faut mettre les éléments en contexte : chasser le canard de mer dans le “bas du Fleuve”, ça se résume à trouver le moment où les marées de seize pieds et les vents concordent. Si vous avez lu le dernier article de Franck et notre groupe de sauvaginiers Downfowl : Le début de la migration au Bas-St-Laurent, vous comprendrez qu’il vaut mieux s’allier aux conditions météorologiques de cette région pour en ressortir gagnant! Les opportunités ne se présentent pas souvent alors, tandis que nous en avons l’occasion, les bernaches, les oies et les barboteurs deviennent de bons plans « B ». Pour moi, chasser le canard de mer c’est également aborder d’une façon bien différente les canards auxquels ma famille consacre des efforts de conservation depuis désormais quatre générations. Sans trop de cachette, j’ai un attachement particulier pour ceux-ci.

 

Enfin, Franck et moi planifions un rendez-vous pour 4h20, le lendemain matin, question d’aller à la rencontre de ces canards tant attendus.

 

 Photo: Franck Guy 

 

Samedi 1er oct. : Improvisation, confusion, succès !

 

Franck, Sirois, Jordan et moi étions dans les temps. Il y a des matins où les axes semblent bien s’aligner, malgré tout, des pépins nous font perdre du temps. Avant même de partir, la remorque du bateau nous fait faux bond. On gère la situation en vitesse pour finalement, partir vers 4h50 a.m de Rimouski. Bien honnêtement, j’étais certain de manquer les premières volées d’oiseaux, comme les trois autres gars probablement. On en parle pas, car ça ne sert à rien de compliquer les choses, vaut mieux se rappeler qu’on est là d’abord pour avoir du fun. Face à l’imprévisible, aussi bien garder le sourire! Après une heure de route, on arrive à la plage. Constat imminent : elle est recouverte d’une épaisse couche d’algues en putréfaction avancée. Aucune chance que le camion ressorte de là vivant! On est forcé à improviser en commençant par détacher la remorque et la pousser comme s’il n’y avait pas de lendemain. La remorque finit par se baigner dans le fleuve, le bateau est en flotte, on remonte la remorque. On charge et on part enfin.

 

Pendant qu’on installe les lignes d’appelants, les premières volées d’oiseaux nous entrent littéralement dessus. Il faut se contenir de notre excitation et se dépêcher à s’installer question d’avoir des tirs de qualité. Sitôt installé, deux macreuses passent en rase-motte et terminent à l’eau, deux coups fatals comme on les aime. On est déjà bien avancé dans la matinée, le soleil transperce l’horizon, c’est à couper le souffle. Parmi les nombreux trucs qui font apprécier la vie, un lever de soleil en direct du fleuve St-Laurent c’est dur à battre. À l’heure que les barboteurs commencent déjà à se faire moins communs sur la terre ferme, les canards de mer eux, sont encore bien plein de vigueurs. Leurs volées sont nombreuses et constantes.

 

Soudainement un Eider juvénile décroche d’un groupe et se dirige tout droit sur nous. Franck et moi on se lève en synchro et on tire en même temps, aucune chance pour notre oiseau tant convoité. Puis le débat débute. Il faut mettre en contexte que dans notre gang, je suis peut-être pas le meilleur tireur, mais je suis celui qui accorde le plus d’attention à la conservation et l’identification de la sauvagine :

 

-        C’est une macreuse à ailes blanches.

-        Non c’est clairement un juvénile d’Eider. Sans prétention, j’ai été élevé avec les Eiders, je sais de quoi je parle.

-        Check le bec orange.

 

Moment de confusion générale.

 

 

 

Avant de perdre nos prises de vue, emportées par le courant, on lève l’ancre pour une première collecte. On arrive sur le canard, celui qui sème la confusion. C’est bel et bien un Eider, avec une grosse prune orange sur le bec. Surprise, c’est un juvénile d’Eider à tête grise, un «king Eider », le rêve de tout chasseur de canards de mer. C’est une espèce dont la population est en santé, mais super rare dans notre région.

 

Trois canards récoltés sur une possibilité de vingt-quatre, définitivement, cette chasse est déjà mémorable. On se replace et on continue. On ne se mentira pas, pour une première chasse à la mer de l’année, nos tirs ont pris du temps à s’adapter à la rapidité des canards qui sont de vraies fusées. On est loin des grosses bernaches résidentes de septembre.

 

On doit avoir une quinzaine d’oiseaux récoltés, les vols se font plus rares et les oiseaux moins nombreux. Déjà on compte à bord notre fameux Eider à tête grise, ses cousins Eiders à duvet et les trois espèces de macreuses. Nos limites auraient pu être comblées depuis un bout, mais on a décidé qu’on ne tirait pas les ô combien nombreuses femelles Eiders, non seulement pour le défi, mais pour donner un coup de main à la population locale. Faire des « drakes only » dans la région, c’est pas toujours facile, mais l’Eider est l’espèce idéale pour mettre en place cette pratique. C’est une belle occasion pour se fixer un défi.

 

 

 

 Photos: Franck Guy

 

Mon téléphone indique 11h25, on a 22 prises. On se dit qu’à midi on quitte, peu importe. Cinq minutes plus tard, 8 macreuses à ailes blanches entrent sur ma droite. On se lève et voilà, on se fait un doublé. On perd le dernier et seul canard de la chasse. Il a bien dramatisé sa mort. Trouver une macreuse blessée dans le fleuve est une question de chance et cette fois, la chance ne nous a pas souri. On ramasse notre installation et on revient sur la rive. La fatigue est à son comble.

 

Vous vous rappelez des algues? Elles sont encore là et on doit sortir le bateau. Un peu à la façon qu’on l’a mis à l’eau, on le ressort et on fait usage d’imagination pour le sortir de la plage. Finalement 12h45, tout est terminé et on capture un souvenir mémorable de cette première sortie pour Downfowl au canard de mer pour la saison 2016.

 

 

 

P.S. : Merci à notre ami le cycliste pour la photo et la discussion!

François Lapointe

Rimouskois d’origine, François Lapointe se passionne pour la sauvagine dès son plus jeune âge. Sa famille étant au coeur d’un projet de conservation de l’Eider à duvet mis sur pied dans les années 30 par son arrière grand-père, il a littéralement grandit avec l’espèce. Ses axes d’intérêts sont la politique, la photographie animale et plusieurs activités touchant le plein-air – bien entendu la chasse et la pêche.

 

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