L'Achigan à petite bouche, une passion qui vient de loin!

Mes premières expériences de pêche à l'achigan remontent à près de 20 ans déjà. Je me rappelle encore des expéditions au chalet de mes grands-parents avec mon père et mon cousin. À cette époque, je ne possédais pas encore mon propre équipement, mais j'étais déjà attiré vers la vieille canne à moucher accrochée au mur de la cabane à bateau. Le petit lac des Laurentides n'offrait que peu de superficies à explorer, mais il regorgeait d'achigans à petite bouche prêts à attaquer à tout moment. C'est ainsi que j'ai découvert la pêche. Encore aujourd'hui, l'achigan à petite bouche reste l'un de mes poissons favoris. Il se pêche bien du bord, il offre toujours un combat digne d'un grand prédateur et même les spécimens de petite taille savent divertir le pêcheur.

 

Montréal; le paradis de la pêche urbaine!

Résidant dans la grande région montréalaise, il m'a fallu quelques années pour comprendre que j'habitais dans le paradis de la pêche urbaine. Bordée au Nord par la Rivière des Prairies, et au Sud par le fleuve Saint-Laurent, la grande métropole regorge d'endroits pour taquiner ce poisson que j'aime tant.

 

L'une des particularités intéressantes du Fleuve est de proposer des endroits de pêche peu profonds, facilement accessibles en bottes-salopettes et dont le courant rapide procure un habitat de choix pour le micropterus dolomieu. En effet, ce poisson est bien différent de son cousin à grande bouche. Il affectionne l'eau claire et bien oxygénée, il cherche les fonds rocailleux ou sablonneux, et se cache souvent dans les abris formés par les grosses roches ou souches submergées. Puisque son alimentation est composée généralement de poissons ou d'écrevisses, j'affectionne particulièrement les mouches de type "bunny leech" ou "wooly bugger" de couleur vert olive. Ces mouches, pêchées entre deux eaux imitent bien les sangsues ou certains poissons-fourrages alors que pêchées sur le fond, elles peuvent facilement leurrer un poisson qui chasse le gobie ou l'écrevisse.

 

Ainsi, l'été, j'aime me lever à l'aurore afin de me rendre à mes endroits de pêche favoris. Canne en main, je marche dans l'eau fraîche et la brume matinale à la recherche de l'achigan à petite bouche. Lorsque je trouve un obstacle qui me semble offrir une cachette de choix, je me place en aval de celui-ci, puis je lance en amont en ramenant ma mouche par saccade. L'attaque est foudroyante.

Ce matin là! FISH ON!

Je me souviens d'un matin de juillet où j'étais sorti pêcher, avec mon ami Charles, dans les rapides de Lachine. Après avoir analysé le territoire que nous avions ciblé et traversé l'eau vive vers une petite île, je prends ma canne et cible une grosse roche qui divise le courant. Je choisis le côté droit de la roche qui forme un beau tourbillon. Cette eau qui tourne concentre la nourriture en un seul endroit, ce qui en fait un territoire de chasse tout désigné. Je sors quelques pieds de ma soie afin de pouvoir réaliser rapidement un premier lancer parfaitement positionné. Un seul lancer suffit. Brusquement, je sens la mouche s’alourdir et descendre au fond. Je lève ma canne pour faire un ferrage efficace. À ce moment, l'achigan saute furieusement hors de l'eau. Une fois qu'il a mesuré son opposant, c'est un combat acharné qui s'engage. Toutes les techniques sont bonnes pour remporter ce duel.

 

Il remonte d'abord le courant en tentant de casser mon bas de ligne. Il effectue plusieurs sauts pour décrocher l'hameçon. Il plonge sous une roche, puis une souche pour finalement filer en flèche dans ma direction, dans un dernier effort pour gagner la guerre. De mon côté, je m'efforce de garder le contact avec le poisson malgré ses courses folles. Le combat ne dure que quelques secondes, mais il me paraît interminable. Chaque mouvement compte et je ne veux pas perdre ce bel achigan de près de quatre livres. Ce poisson sait utiliser le courant à son avantage. En plus de sa force brute, il se positionne dans l'eau de manière à ce que le courant décuple sa force. Je dois donc m'efforcer de le diriger délicatement vers une zone d'eau plus calme. J'applique une pression délicate, mais constante afin qu'il se détourne de la veine la plus rapide. C'est à ce moment qu'il commet sa première et ultime erreur. En effet, il choisit de traverser le courant vers une petite baie peu profonde. Je m'empresse de ramener ma soie et de le suivre, car hors du courant, l'achigan est plus facile à maîtriser. Ça y est, il est tout près. Je ramène ma soie jusqu'au bas de ligne et je pointe ma canne vers le ciel. Avec ma main gauche, je saisis l'achigan par la mâchoire inférieure.

Un adversaire respectable!

J'admire maintenant ce combattant des eaux vives. Je le respecte, le remercie, et le renvoie d'où il vient, après avoir pris soin de décrocher délicatement ma mouche. Le bonheur de partager quelques moments avec cette nature qui nous entoure, même en milieu urbain, est indescriptible. C'est donc avec humilité que je reprends ma canne, et que je repars à l'aventure, à la recherche d'un nouveau partenaire de combat.

 

Guillaume Morin

Depuis son enfance, Guillaume Morin pratique la pêche à la mouche. Depuis quelques années, il s'implique dans divers organismes afin de protéger les ressources halieutiques du Québec. Il est entre autre secrétaire général du comité régional montréalais de la Fédération Québécoise pour le Saumon de l'Atlantique (FQSA) et responsable des événements pour Truite Illimitée Canada Châteauguay.

En plus de s'impliquer bénévolement, il tient un blogue personnel, Mouche Café, depuis plusieurs années, et il est l'un des membres fondateurs de la communauté Pêche À La Mouche Québec (PALM Qc), un groupe Facebook regroupant plus de 5500 membres.

Pêcheur passionné et monteur de mouches, il a à coeur la promotion de la pêche au Québec et des pratiques éco responsables.

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