Introduction

L’an dernier, j’ai eu la chance d’écrire mon premier article pour la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs. Celui-ci ayant eu pour titre : « Une réussite féminine sur toute la ligne ». J’ai raconté ma première chasse sans la présence de mon père… Aujourd’hui, je vais vous décrire une de mes expériences des plus étonnantes. En premier lieu, je vais vous partager la défaite de ma première aventure de chasseuse solitaire à mon mirador à l’arbalète. Pour ensuite vous faire part de toute une réussite de chasse.

Je vous invite donc à vous installer confortablement et de lire ce qui suit pour connaître mon histoire…

 

Mon amour pour la nature!

Comme chaque jour, mon besoin d’air pur est fondamental. Je me sens mieux à l’extérieur qu’à l’intérieur. La nature, c’est toute ma vie tout comme la musique.  Chaque mois d’août, j’aime me gaver comme un ours à manger des bleuets, faire des amas est un réel plaisir, et ce, pendant des journées entières. C’est l’héritage d’un plaisir familial. Le plein air est une véritable vie de bonheur.  Je songe souvent à ma prochaine saison de chasse, toujours dans la hâte et l’impatience. Réfléchir à tous mes préparatifs, entre autres trouver une gardienne fiable pour mes enfants, etc.  Mon délai de chasse étant toujours court en raison de mon travail, je dois bien m’organiser pour maximiser mes chances de succès le plus rapidement possible.

 

             Un jour, j’aimerais pouvoir m’exiler pendant deux mois en automne dans le bois pour mon plaisir d’apprendre et de profiter au maximum de la faune. J’ai le désir de réaliser ce projet bien avant ma retraite… Cette saison est ma favorite sans contredit… Mes yeux brillent d’enchantement devant les belles montagnes colorées. Mes cheveux voltigent au gré du vent, mon corps vacille sous la fraîcheur automnale.  Sans parler des sons des animaux qui chatouillent le tympan de mes oreilles et sans oublier l’amorcement de mes grandes passions.

 

 

Que la chasse commence! 

Voici donc mon récit …

Nous étions à la mi-septembre, c’était le matin de l’ouverture de la chasse à l’arbalète. Nous, nous étions installés à notre chalet, Mike et moi. J’étais fébrile! On était prêt, nos « treals » et nos salines ont été entretenues depuis le printemps, nous étions très confiants. Il y avait des pistes sur le territoire, mais rien ne semblait frais.

Le samedi matin, on se lève avant l’aube et nous nous sommes préparés. Nous chassions à l’extrémité est de notre terre, car c’est le lieu le plus propice de fréquentation de l’orignal. À cet endroit, il y a de l’eau et de beaux petits érables à grappe, c’est un espace de garde-manger pour nos cervidés convoités. Ce matin-là, il y avait une légère brise et je dois dire que c’était frisquet. Les rayons du soleil furent les bienvenus. La journée ne s’est résumée à rien, et ce, malgré tous les efforts de chasseurs passionnés déployés.

 

Enfin un peu d'action!

Le lendemain, ce fut le même scénario toute la matinée. On a pris la décision d’aller prendre une pause à notre chalet. On s’est dirigé vers mon père qui chassait dans sa cache dans l’ouest de notre terre pour aller prendre de ses nouvelles. Il est toujours content d’avoir de la compagnie, il a donc accepté avec plaisir de nous accompagner à notre refuge.

Dans l’après-midi, je fus la seule à vouloir retourner chasser. Je salue mon père et mon conjoint et je les quitte d’un pas décidé comme une femelle orignal pour retourner vers l’est. Avant de monter dans l’échelle de notre mirador qui est conçu pour la chasse, je me suis arrêtée pour écouter attentivement, j’ai toujours l’arbalète à l’épaule. J’ai simulé par la suite une femelle qui se cherchait un mâle.

J’ai gravité les marches de mon mirador afin de m’installer dans ma petite tour de dix pieds d’observation. Il est quinze heures, c’était le calme plat encore, je ne désespérais pas… J’ai aspergé de l’urine de femelle d’orignal sur les tampons utilisés à cet effet en arrivant sur le site. J’ai rehaussé les odeurs du matin. Je savais que j’étais trop haute à l’intérieur de mon installation pour imiter l’orignal dans son habitat naturel. Il fallait donc que je descendre au sol pour émettre des vocalises de femelle en « oestrus », j’émets un petit craquement et je remonte dans mon abri.

J’ai réalisé instantanément que c’était la première fois que j’allais chasser seule, je ne me sentais toutefois pas très nerveuse, Mike étant demeuré au chalet. Au bout d’une quinzaine de minutes, d’observations et d’écoute, je me suis mise à entendre craquer vers la droite, je n’étais pas encore très persuadée.  La conviction de la présence d’un gros gibier s’est rapidement confirmée… Je ne rêve pas, le bruit qui s’est fait attendre était réel et celui-ci se rapproche de moi… Non, non, non, je suis seule, je sens la nervosité s’emparer de moi. Je me parle rapidement, je dois écouter ma petite voix intérieure : « Lyne, tu es capable, c’est un défi pour toi, tu passes ton temps à encourager tes enfants à surmonter leurs peurs par les défis, c’est à ton tour maintenant. »  Je ne peux pas compter toujours sur Mike pour faire l’abattage du gibier comme à l’habitude. Je devais me faire confiance sur-le-champ. Je me suis empressée de respirer une bonne bouffée d’air et de prendre mon courage à deux mains.

 

 

Je suis retourné au sol répéter des simulations puis je grimpe de nouveau dans mon mirador à l’abri de la diffusion probable de mon odeur corporelle. Les sons sont devenus de plus en plus rapprochés, je n’ai pas eu le choix de saisir l’arbalète et de me préparer à lancer une flèche. J’ai pris ma dernière mire, c’est-à-dire la distance la plus lointaine à ce moment-là.

             À ma grande déception, la forêt était assez dense dans cette direction… Tout d’un coup, plus rien, plus de bruit.  Mais qu’est-ce qui se passe?  L’animal semble s’être arrêté, je soupçonne qu’il m’analyse, il hésite sûrement… Bordel ! Je dois agir et ce, sans plus tarder me répétais-je dans la tête.

J’ai pris conscience rapidement que j’étais dans une fâcheuse position. J’étais prise au piège dans mon habitacle, comme c’était triste… J’ai manqué l’audace de redescendre à la base du mirador refaire des agissements dans la peur de me faire sentir, comme auraient fait bien des chasseurs. J’ai présumé la présence d’une femelle qui s’en venait sur la pointe des pieds. J’ai seulement entendu des craquements, sans aucune réponse vocale. Tout cela pour vous dire que j’ai quitté mon territoire ce soir-là bredouille avec déception.

 

La chasse à l'orignal, c'est psychologique!

En retournant en direction de mon chalet, j’ai réfléchi à mon échec de chasse. Plusieurs raisons ont pu entrer en ligne de compte. Est-ce le problème de mes actions, mes odeurs, moi et mon leurre d’urine? Peu importe, c’est ça les péripéties de la chasse, accepter les déboires autant que les succès.

Par la suite, j’ai su que l’animal qui s’est dirigé vers moi était un beau mâle de deux ans et demi, trois ans environ. C’est ma caméra de surveillance qui m’a révélé la vérité. Incroyable comment nos pensées peuvent nous jouer de vilains tours…

 

 

La deuxième chance!

             Sachant que j’allais retourner à la chasse à la carabine deux semaines après était pour moi un grand prix de consolation. Sur le séminaire de Québec, je savais que nos chances de succès étaient meilleures.

Nous avons chassé quelques jours, mais sans succès, et ce, malgré nos efforts répétés. Il faut savoir respecter les règlements du club auquel nous sommes invités par mes beaux-parents chaque année. Il est interdit d’abattre un orignal dans un endroit où la sortie de celui-ci sera difficile « On n’est plus à l’âge de faire du portage et avoir de la misère! » selon les paroles de mon beau-père. On s’est donc conformé. On ne pouvait partir à la conquête de l’orignal en pleine forêt. Nous savons respecter les consignes. J’ai toujours su me contenter de ce que j’avais d’ailleurs, une parole tellement récitée de mes parents. Rien n’empêche que ceux-ci nous aient toujours encouragé dans nos ambitions mes deux frères et moi.

Connaissant une montagne de reproduction, Mike et moi étions toujours très attirés, préoccupés par celle-ci.  Ce n’était surtout pas le moment d’aller directement sur le site, mais vraiment pas. Nous chassions à sa base sous l’ordre des membres. On a décidé à passer une journée entière en multipliant nos efforts, mais toujours rien. Au moment d’ouvrir la portière de notre auto le soir venu, j’ai entendu un « paf » qui m’a fait rebondir sur-le-champ, mon cœur battait à tout rompre. Mais que se passait-il dans la montagne? « Mike une bataille de buck dans la montagne, ayoye le bruit! » ai-je lancé.  C’était notre toute première fois d’entendre un tel vacarme dans les bois. Pour ajouter du piquant, des femelles se lamentaient à travers les coups de panache. C’était le chaos total. Quel privilège d’entendre ce phénomène ! Nous avons dû malheureusement partir de ce lieu de cacophonie pour ne pas inquiéter notre équipe de chasse.

Par la suite, au petit camp, nous avons partagé le vécu de notre journée avec les autres.

 

On met sur pied la stratégie! 

Je crois que nous avons mis le feu aux poudres par notre expérience de la veille pour le lendemain. L’équipe a voulu que je travaille le coin très tôt le lendemain matin au petit camp dans l’espoir de récolter tous ensemble notre gibier convoité.  J’ai fait des efforts, mais sans me forcer, je savais où il fallait me donner en tant que chasseuse par expérience.  Pour provoquer un gros buck, il fallait que je sois en pleine forêt près de son lieu de reproduction. Ayant convaincu l’équipe de partir, nous nous sommes dirigés à la base de la montagne avec la permission de mes beaux-parents… Au pied de celle-ci, j’ai débuté ma sérénade, je me lamentais vivement, je défoulais toutes mes déceptions et mes peines probablement… Vibrato dans la voix, avec tout mon cœur et mon ventre. J’ai demandé à Mike d’aller m’effectuer un « racling » violent un peu plus loin tout en imitant un « buck » prêt à tout, lui aussi a semblé libérer ses tensions, il est revenu vers moi quelques minutes après tout ensanglanté des doigts. Je lui ai fait la remarque de son exagération à son arrivée. Une demi-heure après environ, « Bang! » Un coup de feu s’est fait entendre au lointain. Spontanément, la chasse semblait terminée, il fallait attendre et écouter dans les secondes qui ont suivi. Pas rassuré, Mike est allé téléphoner à l’intérieur de son véhicule (pour ne pas parler dehors) aux membres du club pour valider la situation. Il a fait un peu de bruit en s’en allant, toujours en imitant le déplacement d’un orignal. Pendant son absence, j’ai émis de nouvelles lamentations… Deux minutes après, j’ai entendu toute une réponse profonde du haut de la montagne, l’excitation s’est emparée de moi. Le son qui sortait du coffre de ce mâle était profond, très puissant ce qui était très révélateur sur l’ampleur de la bête.

Oups! Mike est le tireur, il n’était pas près de moi, je voyais le pick-up, je lui ai fait des signes et il ne me voyait pas. Je devais agir au ralenti pour ne pas me faire détecter. Il a finalement vu mon signal, je lui ai fait le signe de s’en venir en silence. Mike est revenu à mon grand soulagement. Il m’a confirmé sans plus tarder que la chasse était toujours en vigueur.  Immédiatement, je lui ai partagé ce que je venais de vivre. Hélas, on n’a plus rien entendu... Douterait-il de moi dorénavant?

 

Surpasser sa nervosité par la précision d'un tir!

J’ai entendu un instant et j’ai recalé, il a recommencé à me répondre à mon grand étonnement et fierté. Oui, il s’en venait… À chacune de ses réponses, je sursautais intérieurement. C’était de toute beauté de l’entrevoir dévaler le flanc de la montagne et de pouvoir contempler son imposant panache. Et le voilà, celui-ci garni de sa superbe stature s’est pointé sur le chemin…  Vite ! Mike a interrompu son rôle de caméraman lorsqu’il a constaté le format de l’animal. Il m’a tendu sauvagement la caméra et lui a saisi sa carabine 3006. On est devenu tous les deux dans un tel état de nervosité contrôlée. Voyons, mon compagnon semblait hésiter avant de tirer, allez Mike, le succès repose sur toi maintenant, me disais-je, sur ce, le coup de feu s’est fait entendre bruyamment dans mes oreilles. J’en ai échappé presque notre caméra « vite », il fallait que je retrouve vite le focus. Premier orignal abattu d’une seule balle par Mike, une grande fierté de chasseur pour lui et tout un. On venait de récolter un buck de 52 pouces de panache. Ma réaction fut forte sur le vidéo, mon adrénaline était à son comble et longtemps installée. L’orignal est tombé complètement dans le chemin au désir des membres. Facilitée extrême de le sortir! Voici le petit vidéo pour vous prouver l'intensité du moment.

 

 

Que de joie pour nous tous!  Une belle façon de me consoler de la défaite à l’arbalète en nous récoltant ce bel animal de 765 livres de viande. Ce fut inoubliable en tout point.

Lyne Bélanger

 

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Lyne Bélanger

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